En Jeu 49 Théâtre-Éducation

En Jeu 49 Théâtre-Éducation

Options Théâtre en danger !!!
HÉRAULT Laurent - Bips
le 14/02/2021 à 10:55:51
  • ACADEMIE DE VERSAILLES

    OPTIONS THEATRE FACULTATIVES EN DANGER !

     

    Objet : Demande d’audience au sujet des Enseignements optionnels Théâtre

                Nous, professeurs en charge des enseignements optionnels de théâtre dans l’académie de Paris, protestons contre la décision de mettre un terme à cet enseignement.

                Supprimer les heures qui lui sont allouées dans la cadre de l’E.I.E, en baissant de manière substantielle la marge de la D.H.G par laquelle celui-ci devrait être financé, c’est décider d’en finir avec les options théâtre, comme avec toutes les options artistiques. Nous ne pouvons l’accepter.

                Ce que nous défendons, ce ne sont pas nos établissements ou nos heures de cours, c’est un enseignement démocratique qui, avec les 580 élèves inscrits cette année en option théâtre, contribue à l’objectif du 100% EAC voulu par le Ministère et répond pleinement aux axes du projet de l’Académie de Paris. L’enseignement du théâtre ne se confond pas avec la pratique théâtrale en conservatoires ou dans des cours de théâtre privés, il permet à tous les élèves, notamment grâce à l’EIE, d’avoir une pratique artistique tout en recevant une formation culturelle ambitieuse. Dans une Académie où les grandes institutions culturelles sont nombreuses, les partenariats entre les lycées et les Théâtres nationaux ou CDN s’inscrivent dans cette ouverture nécessaire à la formation des élèves et font la richesse de la vie des options en impulsant une belle dynamique dans tous les établissements qui les accueillent. Alors que la DRAC Île-de-France a reconduit pour l’année 2020-2021 le financement de ces options, que tant de partenaires ont fait preuve d’inventivité et de générosité pendant les fermetures des théâtres pour donner accès aux élèves au spectacle vivant, il nous semble paradoxal que l’Académie se désengage de ces enseignements. Il avait été d’ailleurs annoncé aux organisations syndicales que les marges des DHG seraient maintenues pour permettre aux options artistiques de traverser la réforme du Baccalauréat sans entrer en concurrence avec les matières qui dépendent aussi de cette marge. C’est pourquoi notre démarche est collective et ne saurait trouver sa réponse au sein de chaque établissement.

    Le nouveau Baccalauréat est construit autour des spécialités, mais notre enseignement n’a d’optionnel que le nom, il est essentiel, il se conjugue avec les choix de spécialité pour compléter la formation dans une démarche de pratique artistique, de réflexivité, de travail collectif. Ce sont autant d’atouts pour préparer au mieux les élèves à ce nouveau Baccalauréat, au Grand oral et à leurs premières années d’études. Les élèves ne s’y trompent pas, qui continuent de s’inscrire en nombre en enseignement optionnel tout en choisissant les spécialités les plus diverses alors que l’option ne pèse plus du tout autant qu’avant dans l’obtention du Baccalauréat. Le travail pratique et sensible que nous menons avec les élèves, en partenariat avec les artistes et les structures culturelles, est exigeant et vaut par le retour réflexif engagé avec eux. Un conservatoire, un atelier théâtre, un cours privé ne permettent pas d’aller à la rencontre du spectacle vivant comme le font les options. C’est par le biais de l’école du spectateur, des projets collectifs et des rencontres, que nous amenons les lycéens à éveiller leur esprit critique et leur compréhension du monde d’aujourd’hui.

    Ce que nous défendons ardemment, c’est la dimension fondamentalement collective de nos options qui réunissent des individus différents et porteurs d’abord d’un désir tout personnel. Notre tâche et celle des artistes qui interviennent dans nos cours est de former un groupe où leurs différences puissent, mieux que coexister, coopérer et dans l’idéal se compléter en vue d’un projet collectif de sens. Ailleurs que dans le jeu sérieux de l’école, cela pourrait s’appeler faire société. Le théâtre n’est-il pas l’endroit où l’on apprend à écouter l’autre, à le comprendre intimement, à trouver sa place dans un groupe pour faire œuvre ensemble ? Cette tâche de former les élèves à la vie en société requiert une forme d’intelligence pratique, sensible et collective qui n’a rien de donné et qui n’aurait guère de chance de se construire dans une forme d’enseignement où tout serait façonné à partir du seul individu. Ces espaces où l’on peut jouer à faire collectivité, où les valeurs de la République s’incarnent collectivement et concrètement ne sont pas à la marge de l’École mais sont bien au cœur de ses valeurs et de ses missions.

    Nous voudrions rappeler aussi ici, à l’heure où le gouvernement se soucie réellement de la détresse des jeunes de notre pays suite à la crise que nous traversons, que l’enseignement du théâtre joue un rôle essentiel au bien-être des lycéens. Permettant l’expression de la sensibilité individuelle, la prise de conscience et la maîtrise de ses émotions, le développement de l’imagination et de la créativité de chacun, l’enseignement optionnel de théâtre est un puissant facteur d’équilibre pour les adolescents. Alors que les salles de spectacle sont fermées, que leurs activités extrascolaires sont fortement impactées par la crise sanitaire, les options sont aujourd’hui le seul endroit où les élèves peuvent encore être en contact régulier avec des artistes, où ils peuvent maintenir une pratique vivante du théâtre, où ils peuvent respirer tous ensemble. Car c’est bien de cela qu’il s’agit, de l’épanouissement des lycéens grâce au maintien, au sein de l’école, d’un enseignement qui laisse la place au rêve et à l’idéal, qui donne du sens et du goût à la vie.

                C’est pourquoi nous demandons à M. le Recteur de rétablir les heures attribuées aux options théâtre dans notre académie, afin que cet enseignement exigeant, dont les familles nous disent qu’il est plus nécessaire que jamais en cette période si difficile pour leurs enfants, puisse être maintenu.

                Nous sollicitons d’urgence une audience et sommes disponibles pour rencontrer vos services afin de vous exposer les raisons de notre incompréhension et de notre inquiétude.

     

    LES PROFESSEURS DE THEATRE DE L’ACADEMIE DE PARIS

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